Mitsubishi Outlander PHEV : la gifle aux mauvais augures
On ne donnait pas cher de sa peau, mais la dernière version de l’hybride rechargeable japonais réalise un carton en France et à travers toute l’Europe. Décryptage d’un phénomène que peu d'observateurs, et surtout pas votre serviteur, n’avaient vu venir.
Parfois, il vaut mieux faire profil bas. Ainsi, lors du lancement du Mitsubishi Outlander PHEV, votre serviteur s’était empressé de lui prédire un sombre avenir, précisant qu’avec un physique aussi ingrat, un prix malgré tout élevé et un réseau de distributeurs minimaliste, il ne pouvait pas réussir en France.
Mais le gros hybride rechargeable s’est aussi peu soucié de mes prédictions qu’un grizzly des attaques d’un moustique anémique dans les forêts de Kodiak en Alaska.Et bien lui en a pris. Les chiffres viennent de tomber : non seulement le SUV japonais est le best-seller français des hybrides rechargeables, écrasant au passage les moustiques du grand nord, le Mini Countryman, le Volvo XC60 et ma réputation, mais de plus, il est en tête dans la plupart des pays où il est vendu.
Alors, en guise de pénitence, je me repasse en boucle la pub Renault des années quatre-vingt-dix, déclinant toutes les innovations du Losange qui ont marqué son histoire. Chaque nouveauté mise en avant, de l'Espace à la Twingo est évidemment ponctuée d’un tonitruant « ça ne marchera jamais » lâché par de tristes sires.
L’Outlander réalise à lui seul 34 % des ventes de la marque
Certes, le SUV japonais n’explose pas les scores d’une Renault Clio ou d’un Captur, mais rien qu’au cours de l’an passé, il s’en est vendu 3118, soit 34 % des ventes globales de la marque. Pour un constructeur généraliste, afficher de tels scores avec une auto dont le prix moyen atteint 40 000 euros n’est pas une simple petite victoire, c’est un énorme carton, d’autant que, puisqu’il s’agit d’un modèle qui n’émet que 46 g de C02/km, c’est un visa parfait pour les nouvelles normes 2021, l’année ou les marques ne doivent pas dépasser 95 g. Mitsubishi fait donc d’ores et déjà office de bon élève puisqu’avec l’ensemble de sa gamme (L200, Space Star), il obtient son bac C02 avec une mention très bien et une note de 84 g. Inutile de chercher, personne ne fait mieux, hormis Tesla.
Évidemment, pour arriver à ce bon résultat en matière d’émissions, Mitsubishi France a fait le ménage. Les SUV pollueurs et difficiles à vendre comme l’Eclipse Cross et l'ASX ont été priés d’aller enfumer ailleurs. Ils ont purement et simplement disparu du catalogue. Ce qui n’a pas empêché la marque de progresser de 29 % l’an dernier, grâce notamment à un réseau de distributeurs renforcé et qui continue à se déployer, car avec un best-seller à 40 000 euros, on comprend l’attirance des garagistes à la recherche d’une marque.
À ce tarif, il est presque seul au monde
Le phénomène Outlander n’est d’ailleurs pas que franco-français, et l’engin est sur la première place du podium des hybrides rechargeables dans toute l’Europe. De quoi se pencher sur sa large calandre en se demandant ce qui peut justifier un tel engouement. Et si après tout, c’était son prix ? Il est certes élevé, mais plutôt moins que d’autres. Le Peugeot 3008 hybride qui déboule ces temps-ci et risque de lui faire de l’ombre s’affiche à plusieurs milliers d’euros de plus, de même que sa version à chevrons : le Citroën C5 Aircross, toujours plug-in et toujours rechargeable. Quant aux allemandes premium Audi, BMW et Mercedes, nous jetterons un voile pudique sur leurs catalogues de prix, sans commune mesure avec le japonais.
Mais il est un autre phénomène qui attire les professionnels, premiers clients de ce type d’engin, en raison de la TVS (taxe sur les véhicules de société) ultra-réduite avec des systèmes hybrides.
C’est Guillaume, patron d'une petite entreprise, qui nous a mis la puce à l’oreille. « Les SUV rechargeables capables de faire plusieurs dizaines de kilomètres en tout électrique sont non seulement rares, mais en plus, celui-là n’est pas m’as-tu-vu. Si je débarque chez mes clients en Audi ou Mercedes, leur regard sera sûrement différent ». Ils risqueraient de se dire que la prestation qu’ils lui paient lui permet de rouler en carrosse, plutôt que d’assurer une prestation de haut vol. Ce qui est plutôt fâcheux. Du coup, la neutralité stylistique de l’Outlander devient un atout.
Si l’on ajoute à ce tarif finalement pas si élevé cet effet d’anonymat et des qualités mécaniques et de fiabilité reconnue, on obtient le cocktail gagnant de Mitsubishi en ce moment.
Deux nouveaux modèles à venir
Évidemment, le Japonais a eu le nez creux en programmant son PHEV (le petit nom imprononçable de l’engin). Il est arrivé avant les autres et pour une fois, a démontré que l’on pouvait être prophète en son pays comme partout ailleurs. Et puisque les concurrents risquent de se réveiller, Mitsubishi prévoit déjà deux autres SUV, toujours hybrides, avant la fin de l’année. Du coup, on y regardera à deux fois avant d’expliquer que « ça ne marchera jamais ».
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